« 8 mai 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 124-125], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1377, page consultée le 03 mai 2026.
8 mai [1838], mardi après-midi, 2 h.
Depuis hier au soir mon cher petit bijou, ma vertu a été récompensée et je suis bien
heureuse. Je voudrais que cela continuât encore longtemps. Malheureusement c’est peu
probable et je sens déjà la tristesse qui me gagne le cœur. Je crois cependant mon
amour chéri que si tu veux tu peux venir déjeuner avec moi presque tous les jours,
en
t’y prenant bien c’est possible. C’est si doux et si gentil de déjeuner ensemble comme
deux bons petits amoureux que nous sommes. Mon Dieu, que je t’aime. C’est bien vrai,
bien vrai.
Je vais écrire à Jourdain
pour le compte, le miroir et la frange. MmePierceau est partie : nous ne pouvions guère
faire autrement que de l’inviter à déjeuner et vous avez été bien charmant et beaucoup
trop joli. Je vous défends de montrer vos admirables dents aux femmes. Je n’ai pas
besoin, moi, que vous montriez toutes vos perfections comme ça à toutes les femelles.
Aussi je veux que vous cachiez vos petits pieds, vos jolies mains et votre belle
figure à tout le monde excepté à moi. Je rappelle à mon Toto que je l’adore et que
je
l’attends avec amour et une provision de caresses.
Juliette
« 8 mai 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 126-127], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1377, page consultée le 03 mai 2026.
8 mai [1838], mardi soir, 6 h. 20 m.
Je vois bien, mon petit homme, que ma vertu ne sera pas récompensée ce soir mais cela ne m’empêchera pas d’être très bonne, très vertueuse et très amoureuse. J’ai travaillé après ma portière jusqu’à présent, j’en ai les yeux touta brouillés, c’est à peine si j’y vois pour écrire. Heureusement qu’il fait très clair dans mon cœur. Votre amour, mon Toto, c’est plus qu’une lumière, c’est une flamme qui me brûle. Vous seriez bien charmant, mon Toto, si vous me meniez ce soir à Angelo1. Si vous êtes juste vous me devez bien cette compensation pour la séance d’hier à la Porte Saint-Martin, ou bien si vous ne voulez pas absolument me donner le plaisir d’applaudir mon Angelo, prenez-moi sous votre bras et faites-moi marcher. Si vous travaillez je ne vous parlerai pas, je ne ferai que vous regarder ; enfin mon Toto bien aimé, tâchez que ma soirée ne soit pas tout à fait solitaire. Mais j’y pense, mon amour, n’est-ce pas aujourd’hui que tu comptes avec Bernard ? C’est sans doute là la cause qui fait que tu ne viens pas. Mon bien-aimé je pense à toi. Je t’aime. Je suis bonne et patiente et je baise tes jolis petits pieds blancs.
Juliette
1 Angelo tyran de Padoue est repris à la Comédie-Française.
a « tous ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
